Message de l’inspection pédagogique de philosophie

, par Valérie Marchand

Chères et chers collègues,

Il est bien difficile de trouver les mots pour exprimer notre accablement, notre tristesse, notre colère et notre inquiétude. Tous ces sentiments, nous les partageons avec vous. Notre soutien vous est acquis, puissions-nous dans ces temps sombres, assurer cette sécurité dont les moyens nous ont fait défaut. Nul ne peut désormais ignorer la menace, et l’institution mettra tout ce qu’elle peut en œuvre pour la conjurer.

L’enseignement de la philosophie est certes par lui-même un rempart contre l’aveuglement et nous devons croire dans notre pouvoir de professeur, mais il arrive que notre discours soit couvert par des voix puissantes et sans contrôle. Aujourd’hui les professeurs et l’institution dans son ensemble sont confrontés au refus, même local et ponctuel, d’être enseigné. Certains élèves, sous le joug d’autres puissances discursives, deviennent, même poliment, réfractaires à ce que nous leur enseignons. Vaclav Havel eut, en d’autres temps, ce mot : “tout événement a son prologue dans la parole”. Comment faire pour que la nôtre recouvre dans les faits son pouvoir pacificateur ?

Il nous revient de définir ensemble une position juste, de dessiner une voie qui nous permette de tenir ensemble le respect de l’autre et l’intransigeance sur les valeurs qui fondent notre coexistence, d’identifier les dérives sans stigmatiser leurs auteurs, de nous rendre vigilants sans crainte ni déni. Cette position doit être ferme, d’autant plus ferme qu’elle se saura juste. C’est de cela aussi dont ont besoin nos élèves. La relation pédagogique doit être empreinte de ce tact qui est selon la belle définition de Canguilhem1, « le contact entre deux libertés » et non l’amorce d’une résignation collective.

Vous retrouverez vos élèves à la rentrée tout à la gravité du moment, et ils auront besoin de votre force morale comme de votre culture. Ils auront besoin d’entendre que l’humanité ne s’effondre pas à cette nouvelle atteinte, que la confiance doit régner en même temps que la vigilance, que nous accueillons la pluralité des idées et des croyances dans le respect inconditionnel des libertés qui nous sont chères. Il nous faut continuer à enseigner, affirmer précisément l’importance d’enseigner et le refus de toutes les fins de non recevoir.

Marie-laure Numa, Jeanne Szpirglas

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